Temps médical

Où passe le temps d’un médecin, et ce qu’on peut lui rendre

7 septembre 2026 · 6 min de lecture · Dokto

La plainte est universelle et les chiffres lui donnent raison. Mais tous les temps perdus ne se récupèrent pas de la même façon, et un outil qui prétend agir sur tous à la fois n’agit sur aucun.

Les chiffres, et d’où ils viennent

L’étude de référence n’est pas un sondage : c’est un chronométrage. Des observateurs ont suivi 57 médecins de médecine générale, médecine interne, cardiologie et orthopédie pendant 430 heures, minute par minute, 21 d’entre eux tenant en plus un journal des heures de soirée Sinsky.

  • 27 %du temps en face-à-face avec le patient
  • 49,2 %sur le dossier et les tâches de bureau
  • 430 hd’observation directe

Le système de santé et le dossier informatisé ne sont pas les mêmes qu’en France, et le chiffre ne se transpose pas tel quel. L’ordre de grandeur, lui, se retrouve partout où la mesure a été refaite : le temps clinique est minoritaire dans la journée d’un médecin.

Trois temps perdus, trois remèdes différents

  1. Le temps administratifFacturation, courriers, coordination, tâches de secrétariat. Ce n’est ni un problème d’IA ni un problème de consultation : c’est un problème d’organisation et de personnel. Aucun outil de préparation n’y touche.
  2. Le temps de rédactionLe compte-rendu, l’observation, le codage. C’est là qu’agissent les aides à la rédaction, qui écoutent la consultation et en produisent une note. Famille d’outils distincte, promesse distincte.
  3. Le temps de recueilLes premières minutes de l’entretien : depuis quand, comment ça a commencé, ce que vous prenez, ce qui vous inquiète. C’est le seul temps sur lequel une préparation en salle d’attente agit.

Cette distinction n’est pas de la pédanterie. Un fournisseur qui promet d’agir sur les trois vend soit trois produits, soit aucun. Nous n’en adressons qu’un, et nous préférons le dire avant la démonstration plutôt qu’après.

Ce que montrent les aides à la rédaction — et ce que ça enseigne

Les études sur les aides à la rédaction par IA sont encourageantes : chez 48 médecins suivis trois mois, on observe une baisse significative de la charge de travail perçue et du score d’épuisement professionnel après déploiement Ma.

Il faut lire ces résultats avec la même prudence que les nôtres : ce sont des études avant-après, sans groupe contrôle, sur des volontaires, avec un effet de nouveauté difficile à isoler. Ce qu’elles établissent solidement, c’est que la charge ressentie baisse — ce qui, sur un sujet d’épuisement professionnel, n’est pas rien.

La leçon transposable est ailleurs : ces outils ont marché parce qu’ils enlèvent une tâche au lieu d’en ajouter une. Un outil de préparation qui rendrait au médecin trois pages à lire avant chaque patient échouerait pour la raison exactement inverse.

Ce qu’il faut mesurer une fois installé

  • La synthèse est-elle lue ? Une page ignorée n’a aucun effet, quelle que soit sa qualité.
  • Est-elle juste ? Le médecin doit pouvoir signaler ce qui est faux, et ce signalement doit remonter.
  • Change-t-elle le début de l’entretien ? C’est la seule chose que l’outil prétend faire.
  • Combien de patients l’utilisent réellement en salle d’attente, et lesquels ne l’utilisent pas ?

Sources

Chaque référence a été vérifiée sur PubMed. La phrase sous chaque entrée dit ce que l’étude a mesuré, pas ce qu’on aimerait qu’elle dise.

  1. Sinsky C, Colligan L, Li L, et al. Allocation of Physician Time in Ambulatory Practice: A Time and Motion Study in 4 Specialties Ann Intern Med. 2016;165(11):753-760. PMID 27595430.57 médecins observés pendant 430 heures : 27 % du temps de journée passé en face-à-face avec le patient, 49,2 % sur le dossier informatisé et les tâches de bureau.Lire sur PubMed
  2. Ma SP, Liang AS, Shah SJ, et al. Ambient artificial intelligence scribes: physician burnout and perspectives on usability and documentation burden J Am Med Inform Assoc. 2025;32(2):381-385. PMID 39657021.48 médecins, 3 mois : baisse significative de la charge de travail perçue et du score d’épuisement professionnel après déploiement d’une aide à la rédaction par IA. Étude avant-après sans groupe contrôle.Lire sur PubMed
  3. Irving G, Neves AL, Dambha-Miller H, et al. International variations in primary care physician consultation time: a systematic review of 67 countries BMJ Open. 2017;7(10):e017902. PMID 29118053.28,5 millions de consultations, 67 pays : la durée moyenne va de 48 secondes au Bangladesh à 22,5 minutes en Suède. Dans 18 pays représentant la moitié de la population mondiale, elle est de 5 minutes ou moins.Lire sur PubMed
  4. Kinnersley P, Edwards A, Hood K, et al. Interventions before consultations for helping patients address their information needs Cochrane Database Syst Rev. 2007;(3):CD004565. PMID 17636767.La revue Cochrane de la même équipe : les interventions de préparation avant consultation n’allongent pas systématiquement la consultation, et n’augmentent ni l’anxiété du patient ni sa satisfaction de façon défavorable.Lire sur PubMed

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À lire ensuite

Cet article s’adresse à des professionnels de santé. Dokto est un outil de préparation de consultation : il n’est pas un dispositif médical, ne pose aucun diagnostic, n’effectue aucun tri et ne se substitue à aucune décision médicale. L’ensemble du dossier est rassemblé sur la page Dokto pour les cabinets.