Palpitations : faut-il aller aux urgences ?
Votre cœur s'emballe et une seule question compte maintenant : devez-vous vous déplacer, et où. La réponse dépend moins de la vitesse que vous ressentez que de trois éléments : ce qui accompagne les palpitations, depuis combien de temps elles durent, et ce que vous avez comme antécédent cardiaque. Cette page reprend les questions qu'un médecin vous poserait au téléphone, les signes qui imposent d'appeler le 15 sans attendre, et l'escalier de décision à suivre selon votre situation.
Quand appeler le 15 sans attendre
- Vous avez perdu connaissance, même quelques secondes, ou vous vous êtes senti sur le point de tomber : appelez le 15.
- Une douleur ou une oppression dans la poitrine accompagne les palpitations : appelez le 15.
- Vous êtes essoufflé au repos, vous avez du mal à respirer ou vos lèvres bleuissent : appelez le 15.
- Les palpitations ne cèdent pas et durent, ou reviennent par crises de plus en plus rapprochées : appelez le 15.
- Vous avez un antécédent cardiaque connu (infarctus, insuffisance cardiaque, arythmie, stimulateur ou défibrillateur implanté) : appelez le 15.
- Vous avez en même temps un bras faible, le visage qui se déforme, des difficultés à parler ou une vision trouble : appelez le 15, ces signes évoquent un accident vasculaire cérébral.
En cas de doute, appelez le 15 (SAMU) ou le 112. Ces situations relèvent des urgences, pas d'une recherche en ligne.
Où aller, selon votre situation
Entre appeler le 15 et attendre le lendemain, il existe plusieurs recours. Voici lequel correspond à quelle situation.
- Appelez le 15 immédiatementJe me suis senti partir ou j'ai perdu connaissance, j'ai mal dans la poitrine, je n'arrive pas à respirer, ou mon cœur s'emballe et ne s'arrête pas.Appelez immédiatement le 15 (ou le 112), sans conduire vous-même. Asseyez-vous ou allongez-vous, desserrez vos vêtements, ne mangez rien et attendez les consignes de l'équipe qui vous répond.
- Rendez-vous aux urgencesJ'ai appelé le 15 et l'on m'a dit d'aller aux urgences.Rendez-vous aux urgences qui vous ont été indiquées, conduit par un proche, avec vos papiers, vos ordonnances et vos derniers examens. N'y allez pas de votre propre initiative sans cet appel : selon les territoires et les horaires, l'accès est régulé, et seul le 15 sait ce qui est ouvert et accessible à cet instant.
- Appelez le 15 avant de vous déplacerMon cœur s'emballe depuis un moment et cela ne cède pas, mais je ne me sens pas mal ; ou j'ai déjà un problème cardiaque connu et cela recommence.Appelez le 15 et décrivez précisément ce que vous ressentez, depuis quand, et vos antécédents. Le médecin régulateur décide de la suite : équipe sur place, passage aux urgences, ou avis médical dans la journée.
- Médecin de garde (116 117)J'ai des palpitations gênantes mais supportables, sans aucun signe d'alerte, et c'est un soir, un week-end ou un jour férié.Appelez le 116 117 pour joindre un médecin de garde et obtenir un avis ou un rendez-vous. Ne vous déplacez pas directement aux urgences pour ce motif : la régulation évite un déplacement inutile et vous oriente vers ce qui est ouvert.
- Médecin traitant, sans urgenceMon épisode est déjà terminé, ou mes palpitations sont brèves et reviennent de temps en temps, sans malaise ni douleur.Prenez rendez-vous avec votre médecin traitant dans les jours qui viennent : un électrocardiogramme et un bilan simple (thyroïde, fer, analyses) sont souvent nécessaires. En attendant, notez chaque épisode avec sa date, sa durée et son contexte.
L'accès aux urgences est régulé dans un nombre croissant de départements, la nuit en particulier : un appel au 15 avant de se déplacer permet de savoir ce qui est ouvert et accessible près de chez vous à cet instant. Cette page ne peut pas le savoir à votre place.
Les questions que votre médecin va vous poser
Un médecin ne cherche pas à deviner : il suit une trame précise pour caractériser un symptôme. Voici celle qui s'applique ici — et ce que vos réponses lui apprennent réellement.
Quand cela a-t-il commencé, et est-ce que cela dure encore ?
Pourquoi cette question : Le moment de début et la durée sont les deux informations qui font basculer le plus vite une décision. Elles permettent de distinguer un épisode déjà terminé d'un trouble du rythme en cours.
Des palpitations brèves, déjà passées, qui reviennent depuis des semaines, orientent plutôt vers des battements surnuméraires ou un terrain anxieux, à explorer en consultation. Un cœur qui s'emballe et qui ne s'arrête pas, ou qui a débuté brutalement et persiste, nécessite un tracé électrique rapide.
Comment décririez-vous ces battements : rapides et réguliers, ou irréguliers et désordonnés ?
Pourquoi cette question : Un rythme régulier et un rythme irrégulier ne renvoient pas aux mêmes mécanismes. Votre description aide beaucoup le médecin, même si seule une trace électrique permet de trancher.
Une sensation de rythme rapide mais régulier évoque plutôt une tachycardie supraventriculaire. Un rythme irrégulier, avec des battements qui semblent désordonnés, fait penser à une fibrillation atriale, la forme d'arythmie soutenue la plus fréquente, qui demande un électrocardiogramme et une évaluation du risque vasculaire.
Ressentez-vous autre chose en même temps : douleur dans la poitrine, gêne pour respirer, vertige, sueurs ?
Pourquoi cette question : Ce sont les signes associés qui transforment une gêne en urgence. Les chercher prend quelques secondes et change complètement la conduite à tenir.
Une douleur thoracique, un essoufflement ou un vertige pendant les palpitations ne se surveillent pas à la maison : il faut appeler le 15. Des palpitations isolées, sans aucun autre symptôme et bien supportées, peuvent le plus souvent attendre un avis médical programmé.
Est-ce que cela vous gêne seulement, ou est-ce que vous vous sentez mal, sur le point de tomber ?
Pourquoi cette question : La façon dont vous supportez l'épisode compte davantage que la vitesse que vous percevez. Certaines personnes vivent très bien un rythme très rapide, d'autres s'effondrent pour un rythme moins soutenu.
Une tête qui tourne, une vision qui se trouble, des sueurs froides ou l'impression que vous allez perdre connaissance signent un retentissement sur la circulation : appelez le 15. Une gêne désagréable mais supportable, avec un état général conservé, laisse plus de marge pour une évaluation rapide sans urgence vitale.
Qu'est-ce qui semble déclencher ces épisodes, et qu'est-ce qui les arrête ?
Pourquoi cette question : Le contexte (effort, stress, café, alcool, fièvre, déshydratation, manque de sommeil) et la manière dont l'épisode se termine orientent le diagnostic.
Des palpitations qui apparaissent toujours à l'effort méritent un avis rapide. Celles qui cèdent en quelques secondes, au repos ou en respirant calmement, sont souvent plus bénignes, mais leur répétition justifie une consultation et un électrocardiogramme.
Avez-vous un problème cardiaque connu, un stimulateur ou un défibrillateur implanté, ou un traitement pour le cœur ?
Pourquoi cette question : Chez une personne déjà suivie pour un trouble du rythme ou une maladie cardiaque, une nouvelle crise est prise plus au sérieux, car le seuil de gravité est plus bas.
Un antécédent cardiaque connu abaisse le seuil d'alerte : mieux vaut appeler le 15 que d'attendre. En l'absence de tout antécédent et de tout signe associé, une consultation programmée dans les jours qui viennent est souvent suffisante.
Les causes les plus fréquentes
Cette liste couvre les situations courantes, pas les cas rares. Seul un examen clinique permet de trancher.
Palpitations sans maladie du cœur (battements surnuméraires, stress, excitants)
C'est la situation la plus fréquente : le cœur ajoute par moments un battement que vous percevez comme un raté ou un coup. La fatigue, le stress, le café, l'alcool, le tabac et le manque de sommeil les favorisent. Cela n'impose pas les urgences, mais si les épisodes se répètent ou s'accompagnent d'un malaise, un électrocardiogramme devient nécessaire.
Fibrillation atriale
C'est l'arythmie soutenue la plus fréquente : le rythme devient irrégulier, souvent rapide, et le sang circule moins bien dans l'oreillette. Le diagnostic repose sur un électrocardiogramme, et l'évaluation qui suit sert à estimer le risque de caillot et d'accident vasculaire cérébral. Si vous vous sentez mal, essoufflé, ou si l'épisode ne cède pas, c'est le 15 ; si vous le supportez bien, un avis médical rapide reste indispensable.
Tachycardie supraventriculaire (crise de cœur rapide et régulier)
Le rythme s'emballe d'un coup, sans signe annonciateur, et s'arrête parfois aussi brutalement qu'il a commencé. Chez un cœur sain, ces crises sont impressionnantes sans être dangereuses, mais elles nécessitent un tracé électrique pour être identifiées. Une crise qui se prolonge ou qui s'accompagne d'un malaise impose un recours rapide.
Troubles du rythme nés dans les ventricules
Plus rares, ils peuvent être graves, surtout si le cœur est déjà abîmé après un infarctus ou en cas d'insuffisance cardiaque. Ils se manifestent souvent par un malaise, une perte de connaissance ou une douleur dans la poitrine. Dans ce cas, il n'y a rien à attendre : appelez le 15.
Causes non cardiaques qui accélèrent le cœur
Le cœur s'emballe aussi en réaction à autre chose : manque de fer ou anémie, thyroïde trop active, fièvre, déshydratation, chute du sucre dans le sang, saignement, forte anxiété. Ces situations ne relèvent pas toujours de l'urgence cardiaque, mais elles doivent être recherchées par un médecin. Si elles s'accompagnent d'un malaise ou d'un essoufflement, appelez le 15.
Que faire en attendant votre consultation
- Ne prenez pas le volant. Appelez le 15, ou le 112 depuis un téléphone étranger, puis restez assis ou allongé, col desserré, dans un endroit calme. Si un déplacement est décidé, faites-vous conduire par un proche : quelqu'un qui perd connaissance au volant met aussi les autres en danger.
- Pendant l'attente, ne mangez pas et ne buvez pas, sauf consigne contraire du médecin : un geste technique peut être nécessaire à l'arrivée, et un estomac plein le complique. Arrêtez café, alcool, tabac et boissons énergisantes, et ne faites aucun effort physique.
- Ne prenez aucun médicament de votre propre initiative, y compris un comprimé prescrit pour une autre occasion. Notez plutôt sur votre téléphone l'heure de début, la durée de l'épisode, ce qui l'a déclenché et ce que vous avez ressenti, et emportez vos ordonnances ainsi que vos derniers examens.
Questions fréquentes
Combien de temps vais-je attendre aux urgences ?
Le temps d'attente varie beaucoup selon l'activité du service et le nombre de personnes présentes ce jour-là. L'ordre de passage dépend de la gravité évaluée à l'arrivée, et non de l'heure d'arrivée : une urgence vitale passe avant tout le monde. Si votre état change pendant l'attente, dites-le tout de suite à l'équipe, c'est ce qui peut faire réévaluer votre priorité.
Faut-il venir accompagné ?
Oui, autant que possible. Vous ne devez pas conduire vous-même, et il est plus simple d'être accompagné pour repartir, surtout si un examen ou un traitement vous laisse fatigué. Si vous êtes seul et que vous vous sentez mal, composez le 15 : une équipe peut venir vous prendre en charge sur place.
Que faut-il emmener avec soi ?
Votre carte vitale ou votre attestation, une pièce d'identité, la liste de vos traitements et vos ordonnances en cours, ainsi que vos derniers résultats d'analyses et de tracés cardiaques si vous en avez. Un téléphone chargé et le numéro d'une personne à prévenir sont également utiles.
Est-ce que cela coûte quelque chose ?
La prise en charge est assurée par l'Assurance Maladie, mais un forfait spécifique peut être facturé pour certains passages aux urgences qui ne sont pas suivis d'une hospitalisation. Votre complémentaire santé le couvre souvent. En cas de doute, posez la question au guichet : le personnel y est habitué.
Et si je décide de ne pas y aller ?
C'est votre choix, mais les signes d'alerte ne se surveillent pas à la maison : un malaise, une douleur dans la poitrine ou un essoufflement peuvent s'aggraver en quelques minutes. Au minimum, appelez le 15 pour en parler : le médecin régulateur peut vous rassurer, vous orienter vers le bon interlocuteur, ou envoyer une équipe si c'est nécessaire.
Sources scientifiques
Le contenu de cette page s'appuie sur les revues, méta-analyses et recommandations suivantes, indexées dans PubMed.
- External electrical and pharmacological cardioversion for atrial fibrillation, atrial flutter or atrial tachycardias: a network meta-analysis.Cochrane Database Syst Rev · 2024 · PMID 38828867
- 2023 ACC/AHA/ACCP/HRS Guideline for the Diagnosis and Management of Atrial Fibrillation: A Report of the American College of Cardiology/American Heart Association Joint Committee on Clinical Practice Guidelines.Circulation · 2024 · PMID 38033089
- Antithrombotic Therapy for Atrial Fibrillation: CHEST Guideline and Expert Panel Report.Chest · 2018 · PMID 30144419
- Anticoagulation for stroke prevention in atrial fibrillation and treatment of venous thromboembolism and portal vein thrombosis in cirrhosis: guidance from the SSC of the ISTH.J Thromb Haemost · 2024 · PMID 38823454
- The 2018 European Heart Rhythm Association Practical Guide on the use of non-vitamin K antagonist oral anticoagulants in patients with atrial fibrillation.Eur Heart J · 2018 · PMID 29562325
- Atrial fibrillation burden in clinical practice, research, and technology development: a clinical consensus statement of the European Society of Cardiology Council on Stroke and the European Heart Rhythm Association.Europace · 2025 · PMID 40073206
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Ce contenu est rédigé à partir de la littérature scientifique citée ci-dessus, puis relu et validé par Dr Romain Gattegno. Il a une vocation informative et ne remplace ni une consultation, ni un diagnostic, ni une prescription. En cas d'urgence, appelez le 15.